Qui sont les alévis
L’origine de
l’alévisme remonte à l’ère pré-islamique, notamment au Zoroastrisme, l’ancienne
religion des iraniens et des kurdes. Héritage de cette religion, l’alévisme
constitue une croyance à caractère non-sexiste : ils estiment la femme comme
l’égale de l’homme (en effet chaque être vivant est considéré comme un Can,
c’est à dire une « âme »). Cette croyance se caractérise par une grande
tolérance : selon les dires d’Hadji Bektach-i Veli, figure de proue de
l’alévisme, il faut « considérer les 72 peuples d’un même oeil », c’est à dire
sans discrimination ethnique ou religieuse. Marqué par une philosophie de vie
humaniste avec comme devise : « sois maître de ta main, de ta langue et de tes
reins »), paroles d’Hadj-i Bektash-i Veli qui reprend la devise zoroastrienne :
« bonne pensée, bonne parole, bonne action ».
Les alévis
n’accordent pas la même signification que les religions monothéistes à la
divinité. Dieu est à l’intérieur de chaque Can (djan), et la vie doit être
animée par la quête de la perfection, c’est à dire de la divinité. Ainsi,
l’objectif de l’alevi durant sa vie est de parvenir au statut d’Insan-i Kâmil,
c’est à dire un être humain éduqué, possédant une grande culture générale,
remplie de sagesse et de vertus. Bref, devenir le reflet même de Dieu. En effet
selon la philosophie alévie, « l’humain est un Dieu imparfait, et Dieu un
humain parfait ». Les alévis ne croient pas en un au delà (« le paradis et
l’enfer sont sur terre »). Ils croient en la réincarnation, ils accordent une
valeur divine à la nature (des arbres ou rochers sont consacrés en lieux de
pèlerinage) et ils n’ont pas d’interdiction de boire de l’alcool. Ainsi, ils
sont considérés comme des « mécréants » par la plupart des musulmans et les
plus radicaux d’entre eux pensent que « tuer sept alévis c’est s’assurer une
place au paradis ».
Se référant à
l’islam chiite, les alévis suivent un jeûne de 12 jours pour les 12 fils d’Ali
assassinés et c’est sur une véritable culture de l’opprimé qui se personnalise
dans la figure de l’Imam Hüseyin, tué assoiffé à Kerbela par l’armée de Yazid,
que se fonde l’économie psychique des alévis. La défense de l'opprimé contre
l'oppresseur est ainsi au coeur de leur croyance.
Ne récitant pas
la profession de foi, ne priant pas 5 fois par jour, ne suivant pas le jeûne du
ramadan, ne priant pas dans les mosquées et n’effectuant pas de pèlerinage à la
Mecque, les alévis ne suivent aucun des piliers de l’Islam : ils ne sont donc
pas musulmans. Pourtant, la majorité des alévis et surtout les individus
illettrées considèrent leur croyance comme constituant une branche de l’Islam.
Aujourd’hui, il y
en a même des alévis affirmant être « les authentiques musulmans » alors que ni
sunnites ni chiites ne les considèrent comme tels.
Cela est en
grande partie dû à l’assimilation forcée des alévis à l’Islam mais aussi à
l’auto-assimilation qui a pour causes le manque de connaissance, la pollution
des informations historiques, ainsi que la peur de nouvelles persécutions. Les
alévis ont pratiqué pendant longtemps la Taqiyya, qui signifie « cacher sa foi
» en arabe. Ils ont ainsi pu préserver leur foi millénaire non-islamique
camouflés sous certain symboles de l’Islam. L’influence de l’islam shiite sur
les alévis est probablement dû à des raisons politiques : la répression contre
les non-musulmans et les non sunnites dans l’Empire Ottoman a pu rapprocher les
alévis et les musulmans shiites. Ainsi, la solidarité entre opprimés est
peut-être le motif d’adoption des symboles shiites par les alévis.
Autre valeur
promue par la philosophie alévie, la justice sociale, qui fait partie d’un
idéal qui se manifeste dans la croyance au Riza Kenti, une ville imaginée où
les êtres humains sont socialement égaux et en symbiose avec la nature. Par
ailleurs, Şekh Bedreddin, un rebelle alévi se soulevant contre l’Empire
Ottoman, avait affirmé :
« La lune et le
soleil sont la lumière de tout le monde,
L’air est l’air
de tout le monde
L’eau est l’eau
de tout le monde,
Pourquoi le pain
n’est il pas le pain de tout le monde ? ».
C’est pourquoi
certains considèrent que « les alévis sont les premiers communistes de
l’Histoire ». Cette allégation est renforcée par les nombreuses rébellions
populaires alévies contre la pauvreté, notamment contre les taxes et impôts qui
les asphyxiaient, mais aussi contre la répression culturelle, militaire et les
levées d’armées de l’Empire ottoman. L’alévisme servait de programme
idéologique et politique à ces révoltes. Dans les conditions de cette époque,
la religion était le moyen de faire de la politique, c’est pourquoi presque
tous les mouvements sociaux ont créé un courant religieux ou ont adapté une
religion déjà existante par rapport à leurs intérêts politiques.
Kendal Manis.
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